Consommer rend-il heureux ? On fait volontiers remonter la tradition
des cadeaux aux mages venus offrir des cadeaux à Jésus. Nous aussi,
nous faisons des cadeaux à Noël, et certainement plus que de raison !
Nous voulons donner du plaisir, procurer du bonheur à nos enfants ;
mais la question se pose : consommer rend-il heureux ?
Combler sa vie ou ses placards ?
Depuis quelques décennies, les sociologues parlent du
paradoxe du bonheur : davantage de richesse n'équivaut pas à davantage
de bonheur. On remarque ainsi que les pays pauvres se disent parfois
plus heureux que les pays riches ou que la progression du revenu d'une
population n'entraîne pas celle du sentiment de bonheur.
Bien sûr, en conclure qu'il est inutile de lutter contre
la pauvreté est absurde. D'ailleurs, quand est-on heureux ? Et selon
quels critères ?
Pourquoi la croissance de la consommation ne nous
rend-elle pas nécessairement heureux ? Parce que la consommation nous
enferme dans un cercle vicieux. Nous réalisons que le bonheur éprouvé à
posséder laisse très vite la place à la sensation d'un plaisir
éphémère. Nos envies comblées nous frustrent plus qu'elles ne nous font
du bien. Les « accros » de la consommation expriment davantage anxiété
et dépression que bonheur et paix.
Jésus ou Père Noël ?
De nombreuses voix s'élèvent actuellement dans la société
mais aussi dans nos Eglises pour nous alerter sur les dangers de la
surconsommation. Pouvons-nous cesser de faire des cadeaux, simplement
pour des motifs éthiques, écologiques, et dans notre milieu, sous
prétexte de revenir aux fondements de la foi, autrement dit en
privilégiant Jésus plutôt que le père Noël ?
N'oublions pas que les mages font des
cadeaux. Et que même si la tradition des cadeaux n'a rien à voir avec
eux, il n'en reste pas moins qu'eux en font. Ces savant astrologues,
hérétiques, venus du pays maudit de Babylone (anciens tyrans d'Israël)
viennent déposer trois présents : la myrrhe, l'encens et l'or.
Magnifiques présents, mais parfaitement inutiles à un bébé !
Ces trois présents
pourraient alors signifier ou symboliser trois formes de réalités
humaines ainsi déposées aux pieds de Jésus.
Or, encens et myrrhe
L’or est le symbole de la richesse et l’instrument du
pouvoir, si souvent convoité. Qu'il s'agisse du pouvoir des puissants
de ce monde, ou encore du pouvoir des forts sur les faibles, de la
connaissance sur l’ignorance, de la beauté sur la laideur, nous sommes
tous friands de pouvoir. Quand les mages déposent devant l'enfant leur
or, ils lui remettent leur soif de pouvoir et annoncent que Jésus
brisera tous les pouvoirs qui asservissent l'humain. Ils renoncent donc
à exercer pouvoir et domination sur leurs prochains.
L’encens est, lui, symbole de religion, puisqu'il est est
brûlé pour accompagner la prière et montrer qu’elle monte ainsi vers
Dieu. A l'heure où les églises se vident, on ne compte plus les
astrologues ! Quand les mages déposent l'encens devant l'enfant, ils
lui remettent la religion qui se confond avec la superstition, ou avec
l'intégrisme. Ils affirment donc qu'aucune puissance obscure ne peut
manipuler l'Homme, ni qu'aucun homme ne peut se servir de sa religion
pour mettre les autres à son service.
La myrrhe, quant à elle, est le symbole de la souffrance
et de la mort. Elle est utilisée lors de l'embaumement et, diluée,
offerte à Jésus sur la croix lorsqu'il réclame à boire. Quand les mages
déposent la myrrhe, ils lui remettent la mort et la souffrance : les
leurs, mais aussi celles de l'humanité tout entière pour qu'ils ne
soient plus seuls à les porter. Pour trouver un chemin d'apaisement et
d'espérance. Ils confessent que depuis Jésus, ce n'est plus la mort qui
délimite la vie, mais que la vie pose une limite à la mort.
Vider pour vivre
Avec les mages, venons déposer aux pieds de Jésus nos
pouvoirs, nos superstitions et nos souffrances et nous pourrons
repartir d'un pas plus léger pour un autre avenir. Les mages nous
offrent ainsi une idée de cadeau pas banale : ils nous invitent, non
pas à remplir nos placards, mais à vider nos mains et nos coeurs de ce
qui détruit pour nous ouvrir à la présence de Dieu, promesse de vie.
Texte enrichi par la prédication de Christian Badet (Mathieu 2) : cultes-protestants.org