La
prière interroge. L'homme moderne se demande quel sens elle peut avoir,
et surtout quelle pertinence. A quoi peut bien servir de prier ? À
soulager son âme ? À passer sa commande ? À fuir l'engagement ? Pour
bien des personnes, elle doit produire quelque chose, ne serait-ce
qu'un mieux-être. Dans notre monde utilitariste, tout est jugé sous le
crible de l'efficacité. La prière doit-elle être utile, ou, mieux
encore, efficace ?
Chrétiens et païens prient
La prière est un geste partagé par l'humanité, toutes les
religions prient, tous demandent. Nul besoin d'être pratiquant pour
prier. Les hommes et les femmes de notre société technicienne, quoique
comblés de toutes sortes de biens, ressentent le besoin de s'en
remettre à une puissance supérieure qui peut leur apporter du bien.
Dans un monde désenchanté, cette prière peut être un reste de
notre enfance et exprimer dans ce cas notre incapacité à nous assumer
ou notre angoisse de vivre dans un univers vide. Je ne veux pas juger
de la foi d'autrui qui prie afin de recevoir quelque chose. J'y vois un
danger : celui d'être déçu. Un enfant m'a un jour confié qu'il avait
beaucoup prié pour la guérison de sa grand-mère ; à la mort de
celle-ci, il ne voyait plus aucun intérêt à prier. Ca ne marche pas,
a-t-il conclut amèrement.
C'est quand la prière s'ouvre à la gratuité qu'elle trouve son sens
L'épisode des dix lépreux guéris (Luc17) nous enseigne à
propos de la prière. Dix malades font la même demande, tous sont
guéris. Un seul, un samaritain, revient remercier Jésus de l'avoir
sauvé : que penser de cette efficacité ? Si Dieu n'a pas besoin de nos
louanges pour agir, il ne les exige pas non plus. Les neuf lépreux ne
sont pas maudits à cause de leur ingratitude. Ils ont juste respecté la
loi de Moïse et l'ordre de Jésus et se sont présentés devant les
prêtres. Puis ils se sont tournés vers la nouvelle vie que Jésus leur
avait offerte. Le dixième n'est pas davantage béni. Mais il a dépassé
le stade de la demande pour entamer une relation avec Jésus. Sa prière
a dit l'inutile, le gratuit. La deuxième prière du dixième ex-lépreux
n'attendait plus rien, mais l'a mise en relation avec Jésus. Elle est
devenue une réponse à la grâce première et une expression de sa foi.
Prier, c'est s'ouvrir autant à l'exaucement qu'au silence de Dieu
Avec la prière du samaritain guéri de la lèpre, on est
loin de la prière utilitariste. Cet homme guéri nous emmène dans une
autre dimension de la prière : relationnelle. En tant que telle, cette
prière suppose autant le silence que la réponse. Dieu ne parle ni
forcément ni de la manière que j'attends. Il est libre d'y répondre,
autant que je le suis de lui parler !
Nul doute qu'il nous faut ouvrir notre regard et notre
comportement à cette dimension. Si dans le quotidien, à peine
avons-nous formulé un désir qu'il est comblé, notre relation avec Dieu
n'est certes pas soumise à cette loi ! Il est urgent d'apprendre cette
prière gratuite et pleine de sens, celle qui nous donne la joie de
vivre simplement sous le regard de Dieu compatissant. Il est tout aussi
urgent de la partager avec nos frères et soeurs dans la foi, en
particulier avec les plus petits. Que ce temps d'avent nous ouvre au
silence et à la louange autant qu'à la parole qui s'approche.
Pasteure Carine Pichard
Réflexions de Carine Pichard