C'est la honte !

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Hier, je me curais le nez discrètement quand j'ai croisé le regard de mon voisin : immédiatement, la honte m'a saisie ! Elisabeth, la mère de Jean-Baptiste, a honte elle aussi, mais pour bien plus qu'un geste déplacé. Elle est humiliée car elle n'a pas accompli ce que toute femme se doit de faire : devenir mère. Elle a raté sa vie. Et même sa piété et son respect de tous les commandements de la loi de Moïse (613 tout de même !) ne rattrapent rien !
   À un malheur personnel ou conjugal s'est ajouté la honte. La honte de ne pas correspondre à ce que tout le monde attendait d'elle. Malheur, honte, faute : Elisabeth est condamnée.

   Si la honte provient du regard des autres, il n'y a qu'à se cacher ! D'ailleurs Elisabeth part s'isoler pendant cinq mois. Elisabeth se sauve, Zacharie est muet, drôle de parents d'un futur Baptiste dynamique...
Avouez que le texte nous donne ici un détail déroutant : Elisabeth se cache alors que Dieu vient de lui retirer le motif de honte. Pourquoi se sauver alors qu'enfin, elle est rétablie dans un statut de « vraie femme » ? à cause de son incrédulité ? On est incrédule... À cause de sa situation encore à l'envers (pas enceinte quand il le faudrait et enceinte quand c'est trop tard) ?
   Je lis pour ma part ce détail comme une maturation du miracle : notre lecture de l'évangile nous a trop habitués à comprendre les miracles comme des gestes immédiats, comme si tout changeait en un quart de seconde. La fuite d'Elisabeth telle que la raconte Luc témoigne du temps nécessaire à Dieu pour nous changer. Peut-être qu'Elisabeth a besoin de temps pour s'échapper du regard des autres, pour accepter une grossesse presque plus désirée, pour changer de regard sur elle-même.
   Luc utilise peut-être cet espace de cinq mois pour nous faire réfléchir sur l'impact du regard des autres sur nous. N'avez-vous jamais pensé que c'est votre regard qui déterminait celui des personnes autour de vous ? Que ce que vous voyez dans le regard des autres n'est finalement que le reflet de vos pensées, surtout quand vous n'êtes pas sûrs de vous ? Que vous subissez votre projection ? Que ce sont vos exigences, vos regrets, vos erreurs que vous voyez comme un jugement dans les yeux des autres ?
   Que la honte prend là sa source ?

   Avec Dieu, changeons la dynamique des regards ! Elisabeth dit : « voici ce que le Seigneur a fait pour moi : il jeté les yeux sur moi, il a enlevé ma honte parmi les hommes » Dans ce verset, tous les verbes ont pour sujet Dieu. C'est Dieu qui fait tout ! Tout passe par son regard. Dieu a jeté les yeux sur Elisabeth et l'a relevée, guérie, ressuscitée.
   Ce qui détermine mon regard sur moi-même et sur les autres, ce n'est plus moi, ce ne sont plus les autres. Ce qui compte, c'est le regard de Dieu qui me restaure. Ce regard bienveillant posé sur moi donne un nouvel éclairage aux regards des autres et à celui que je pose sur moi et sur les autres.
   Elisabeth peut au bout de cinq mois de maturation sentir la vie en elle et non plus la honte.

   Vous me direz : changer, c'est difficile ! Impossible ! Rappelez-vous alors que l'auteur de cet épisode, Luc, est un grec. Et l'on sait que les femmes n'avaient pas bonne presse dans sa culture. Si l'évangile a fait changer le regard d'un helléniste sur les femmes, alors rien n'est impossible !

Pasteure Carine Pichard
8 décembre 2011

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